The Vigil : du frisson dans les salles obscures

En compétition à Gérardmer 2020, The Vigil premier film de Keith Thomas pose ses valises au cinéma en cette saison estivale. Et dans un contexte de disette horrifique dans les salles, il serait tort de s’en priver pour tout amateur du genre.

Yakov (Dave Davis) en attente du début de son cauchemar.

Il y a des périodes souvent propices au débarquement de films à frissons pour ados surexcités. Et sur ce volet, les vacances scolaires sont un partenaire de choix. Avec une envie de braver un semblant d’interdit, ils s’amassent en groupes en quête de quelques sursauts qui provoquent jetées de popcorn sur les sièges et cris en pleine mutation. C’est dans cette mouvance qu’il existe une flopée d’œuvres jouant la carte de l’horreur à jump scares, avec les mêmes codes, les mêmes peurs et sans une identité propre. Alors quand The Vigil pointe le bout de son museau flippant, l’originalité de son univers et son intelligence poussent à la curiosité.

Nouvelle mythologie pour un plus grand plaisir

Dans le quartier de Brooklyn à New York, Yakov a décidé de quitter la communauté juive-orthodoxe. Mais dans la difficulté à s’émanciper et à se défaire d’un groupe religieux soudé, il est à court d’argent. Il va alors accepter d’être shomer le temps d’une soirée pour assurer la veillée funèbre de la dépouille d’un défunt jusqu’à l’aube. Confiné dans une petite maison, il va alors vivre une soirée tétanisante…

L’exotisme et la fraîcheur principale de The Vigil réside dans son folklore. Ici il est question de la communauté juive-orthodoxe, dont la mythologie n’est jamais abordée au cinéma. Le genre horrifique occidental s’est longtemps et s’attache toujours à aborder la culture chrétienne et son imaginaire en l’étirant sans fin (et bien trop). L’exemple du Conjuring-Verse est frappant. 7 films en comptant des dérivés, un 8ème attendu d’abord pour la rentrée 2020 puis repoussé au 2 juin 2021, et encore 2 autres en projets. De même pour Insidious et sa franchise en 4 volets.

Depuis l’explosion du catho-horror, à destination d’un consommateur qui n’attend rien d’autre qu’on lui fournisse simplement sa marchandise au rythme moyen d’un film par an, toutes les figures et créatures ont été utilisées. La plus part du temps jetées sur le grand écran, dans l’optique d’y faire une suite. De la pure possession du corps, en passant par la maison des enfers, la nonne poussiéreuse et la vieille sorcière en bout de course, pour finir par la poupée démoniaque et le mythe de la Dame Blanche.

Keith Thomas avec The Vigil décide de tracer un nouveau cap avec une légende et un bestiaire neuf tiré de l’hassidisme qui mérite qu’on s’y attache et qu’on l’explore profondément. Parce qu’il est intéressant d’aller chercher plus loin que les simples histoires hantées vues et revues et les rites contés depuis des lustres, pour découvrir des horizons et des mythes étrangers. Place aux nouveaux Démons !

Laissez entrer le Mazik

Avec cette veillée funéraire, Yakov va être confronté à une série de cauchemars qui vont le faire douter, jusqu’à penser que la démence a définitivement pris le dessus sur son esprit. Au centre de la lugubre maison qui sert de décors au film, il y a un démon nommé Mazik.

Bienvenue dans l’antre du démon.

Il prend ses quartiers dans des endroits sombres et abandonnés. Il n’est pas simplement présent pour terroriser et créer des moments de frissons par ailleurs très réussis, mais pour confronter les humains et leur croyance. Sa nourriture se compose des traumatismes, d’une religion juive et son histoire douloureuse, et d’un présent à vivre parfois difficile et intolérable fait de violence et de douleur. Pour y échapper, il faut alors se confronter à ses peurs, ses angoisses, ses hantises, ses hallucinations et mauvais rêves pour prendre un nouveau départ ou pouvoir quitter ce monde dans la paix intérieure. Yakov et le défunt se trouvent connectés, tous les deux en proie à leur passé. Et pour s’en défaire, il faut l’affronter.

Une certaine idée du soin visage.

De l’horreur comme s’il en pleuvait

Ce qu’on demande en priorité à un film d’épouvante c’est de faire peur. Et sur ce point The Vigil exerce amplement son rôle de turbine à frayeurs. Il n’y a rien de nouveau, de révolutionnaire, mais en s’attachant sur de l’horreur minimaliste et classique, Keith Thomas choisit le bon procédé. Bruits de plancher qui craque, ampoules qui grésillent puis éclatent, plongée dans le noir, apparitions soudaines… le contrat est rempli.

Il y a toujours une mamie dans le packaging.

Les effets sont savamment dosés, bien positionnés, pour alterner des passages de peur pour Yakov sur sa propre existence, de sursauts horrifiques et de corps en souffrance. L’objet le plus simpliste, associé à une belle photographie, une lumière inquiétante, un travail sonore qui varie selon les situations, et un lieu resserré, sont tout ce qui est nécessaire pour une bouffée d’angoisse. Parce qu’un seul acteur dans un huit clos permet de jouer avec le cadre, en y explorant les recoins et les zones d’ombres. Sans trop s’étirer, et sans trop s’égarer. Dommage que le climax, visuellement éblouissant, garde son sens et son propos en surface. Comme si Keith Thomas préférait l’expédier au profit d’une envolée symbolique, plutôt que d’un point final à son histoire. N’en demeure pas moins un auteur prometteur et qui s’annonce excitant pour la suite.

Tension palpable, horreur et angoisse qui naviguent à l’écran, et mythologie peu commune, font de The Vigil un cocktail qui arrache. Un petit bonbon acide et piquant pour amateur de sensations fortes, qui laisse penser que le cinéma d’horreur à encore de belles choses à raconter.

The Vigil de Keith Thomas

Avec : Dave Davis, Menashe Lustig, Lynn Cohen, Malky Godman…

En salles depuis le 29 juillet 2020

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