Light of My Life : l’apocalypse se conjugue au féminin

Imaginez un jour une pandémie qui décime la plupart des femmes de la surface du globe. Afin de survivre, un père décide de faire passer sa petite fille rescapée pour un garçon. C’est le postulat choisit par Casey Affleck pour son 1er long-métrage de fiction, après I’m Still here, le faux-documentaire sur la reconversion de Joaquin Phoenix en rappeur, sortit en 2011. Se dégage de Light of My Life une première œuvre toujours sincère et émouvante.

Casey Affleck et Anna Pniowsky – Universum Film

Casey Affleck n’est pas le comédien le plus mainstream, qui va rameuter toute la population en salle. Loin d’être bankable, il est artisan d’un cinéma américain indépendant, peut-être considéré comme plus intime mais important. Il a réussi au fil de sa carrière à se tailler une place de choix auprès de la critique, passant de petits et seconds rôles, à tête d’affiche. Et avant tout si Casey enivre autant, là où son frère Ben semble être un mal-aimé, c’est parce qu’il est brillant. Que ce soit en cowboy ahurissant en quête de reconnaissance dans lincroyable l’Assassinat de Jesse James par le lâche de Robert Ford d’Andrew Dominik. Ou en obtenant l’Oscar de meilleur acteur en 2017, pour Manchester by the Sea. Il s’investit toujours à fond et en devient surprenant.

Alors quand Light of My Life se dévoile sous nos yeux, on ne peut qu’être excité et bouillonnant pour ses premiers pas de metteur en scène dans la fiction. Avec le rôle titre également à la clé.

S’inspirer en gardant une identité

L’univers post-apocalyptique est loin d’être nouveau dans le cinéma. Qui plus est, lorsqu’il est pimenté par un côté survival. Il n’y a qu’à remonter dans la littérature jusqu’en 1954, quand Richard Matheson sortait l’immense et incontournable Je suis une légende. Adapté depuis, 3 fois sur grand écran dont une dernière en date en 2007 avec Will Smith. Richard Matheson ouvrait grand les portes du seul contre le monde. Sur le papier, l’affiche de Light of My Life ne ment pas dans sa description et tire certains de ses aspects d’œuvres déjà existantes et qui tiennent encore en mémoire. Il y a bien un côté Leave No Trace de Debra Granik, drame humaniste sur une relation fusionnelle entre un père et sa fille. Et un autre qu’on peut rattacher près des fils de l’homme d’Alfonso Cuaron, sur la question de la femme comme essence de la vie et garante du futur des générations.

Il y a aussi un peu de La Route de John Hillcoat avec Viggo Mortensen, adaptation du roman du même nom de Cormac McCarthy. Pour les amateurs de jeux-vidéos, le titre mondialement connu The Last of Us s’en rapproche, sur le même thème de deux héros navigants au cœur d’un monde saccagé par une pandémie. Enfin on peut rajouter un soupçon de The Walking Dead, en éjectant les zombies pour en garder la méfiance face à l’inconnu et la recherche perpétuelle d’un lieu de vie dans un monde dévasté.

Light of My life pourrait souffrir d’une comparaison avec ses aînées, mais ne vit pas dans l’ombre et garde son identité. le film dévoile sa plus grande force dans son propos et la tournure du récit.

Survivre après l’apocalypse

Si pour Casey Affleck, l’apocalypse se définit par la soudaine disparition des femmes, c’est pour mieux raconter l’intimité qui se créée entre deux individus, un père et sa fille, dans un monde ravagé. L’intérêt ne concerne pas les événements et les conséquences de la pandémie, ni les décisions prises par les hautes sphères étatiques. Les personnages sont sur le bas-côté. A l’écart, comme si maintenant que la Terre avait changé, il n’y avait plus rien a espérer de glorieux, ni un quelconque retour possible en arrière. Le bonheur se trouve dans ce qu’il y a de plus proche, d’un père et sa relation fusionnelle avec sa fille.

Amour paternel.

Le mot d’ordre : vivre et même survivre. En tentant d’achever son éducation au cœur des dangers, et maintenir l’illusion d’un quotidien sans-soucis. Dans Light of My Life chaque rencontre est synonyme d’inconnus, il faut se prémunir et être constamment prêt à s’échapper et changer de lieu. La paranoïa et la tension sont présentes et prennent inconsciemment le pas dans l’esprit des personnages. Jusqu’à la limite de leur faire perdre pieds…

Première œuvre et coup gagnant

Un point à souligner, c’est la maîtrise de la mise en scène de Light of My Life. Alors attention pour tout adepte d’action et dynamique,  si vous ne vous laissez pas embarquer dans ce récit d’émancipation, les 2h qui s’annoncent vont ressembler à un long tunnel sans lumière. Pour les autres, c’est un bel essai transformé. Le spectateur est confronté à une certaine lenteur, très contemplative qui s’attache à entrer en contact avec les sentiments des personnages. Être au plus près d’eux et ressentir leurs vécus et leurs actions.

Casey Affleck a du savoir-faire, un sens du cadre et du placement de ses personnages, une ambiance ténébreuse distillée tout du long et use d’une photographie qui vient arroser la rétine. Veuillez oublier le clinquant d’Alfonso Cuaron et ses mouvements techniques, Light of My Life joue la carte de la sobriété. Une caméra posée, qui étire ses plans fixes, avec des acteurs qui font bouger et dynamites l’action (comme lors d’une séquence de lutte brutale et étonnante). On pourrait penser à A Ghost Story de David Lowery, compagnon de route de Casey Affleck. De la manière simple et poétique qu’ont les deux œuvres à appréhender leur sujet (le pur film de fantôme pour l’un et le survival pour l’autre). Mais aussi sur des séquences longues, voire très longues… L’ouverture de Light of My Life où le père raconte une histoire sur l’Arche de Noé à sa fille semble interminable, et se digère comme Rooney Mara seule face à sa tarte. Mais une fois ingéré et approuvé, le menu révèle ses plus belles saveurs bistronomiques.

Avec Light of My Life, Casey Affleck s’offre un premier film maîtrisé. Sur fond de survival post-apocalyptique, il livre un récit touchant, sensible et sincère sur l’émancipation d’une jeune fille dans un monde dévasté et violent. Une réalisation qui laisse déjà entrevoir une belle carrière de l’acteur oscarisé, en auteur bourré de talent.

Light of My Life de Casey Affleck

Avec : Casey Affleck, Anna Pniowsky, Elisabeth Moss, Tom Bower…

En salle depuis le 12 août

6 commentaires sur « Light of My Life : l’apocalypse se conjugue au féminin »

  1. Joliment filmé mais beaucoup de vide et de dialogues creux dans ce post apo pour intello. Affleck a du talent, entend peut être prouver quelque chose à son frère, et à toutes celles qui l’accusent d’être un horrible harceleur. Il aurait dû laisser à un autre le soin de mettre en scène je pense.

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    1. Je ne pense pas qu’il entende prouver quelque chose à son frère, du moins ils ne sont pas sur le même créneau et n’ont pas la même trajectoire. Après je trouve le film plutôt touchant dans sa manière da raconter la relation entre le père et sa fille. Je trouve que Casey Affleck joue la carte de la sobriété et n’en fait pas des caisses. Il faut aimer les films dans lesquels des personnages tournent en rond et n’ont pas grand chose à faire.

      Aimé par 1 personne

      1. Ce n’est pas tant qu’ils tournent en rond (ils semblent plutôt tenter de voir plus loin) qui me gêne, d’ailleurs j’adore Gerry de Gus Van Sant qui est un vrai film de meditation où les personnages ne font que marcher. Ici c’est plutôt les histoires que le père raconte à sa fille et la platitude avec laquelle il les met en scène qui m’ont passablement ennuyé.

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      2. Je n’ai pas vu Gerry mais je l’avais noté dans ma watchlist ! Moi j’ai plutôt été attrapé et touché par cette mise en scène toute en économie de moyens. Il y a un petit côté rébarbatif avec ces histoires qui reviennent tout du long et ce questionnement incessant de la jeune fille, mais on est un peu comme au coin de la cheminée. C’est surtout que la première scène semble interminable et est quand même compliquée à passer. Sans être un grand film, c’est un premier jet d’Affleck dans la fiction qui me donne envie d’en découvrir plus.

        Aimé par 1 personne

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