Enragé : un coup de klaxon et ça dérape

Un retard pour déposer son fils à l’école, un autre pour arriver sur son lieu de travail, et une voiture qui ne redémarre pas face au feu vert. Il manquait plus qu’un coup de klaxon, et un Russell Crowe aussi furieux que bestial, pour que la journée de Rachel ressemble à un lent précipice pour l’enfer… et pour le spectateur par la même occasion.

A jouer avec le feu, on finit par se brûler.

Depuis la réouverture des salles on sentait bien qu’il manquait une bonne bourrinerie-crétine avec un scénariste qui a oublié d’appuyer sur le bouton stop du marteau piqueur pour écrire le récit. Ce qui pourrait ressembler à Enragé avec son affiche et son pitch. Mais force est de constater que le film de Derrick Borte, inconnu en France ne remplit même pas un rôle de série B réjouissante et divertissante. Et même le simple fait de retrouver Russell Crowe de cette manière un brin amusante, ne tend pas à rendre le potage, plus comestible.

Chercher sa route

En 2 minutes le spectateur est déjà projeter dans l’ambiance. Une pluie battante, Russell Crowe qui grogne au volant, puis sort un marteau pour exécuter une famille, avant de brûler la maison comme un pyromane. S’en suit un générique posé sur des images dignes des bas-fonds de la télé du câble, avec des américains qui s’insultent, se vengent, créent des accidents au volant, et se font justice eux-mêmes. Les intentions semblent posées et ne manque plus qu’à les convertir. On sent clairement l’inspiration de Chute Libre de Joel Schumacher avec Michael Douglas qui sombre dans la folie et saccage tout sur son passage. Alors pourquoi ne pas transposer ces thèmes à notre époque ? Dans une vie toujours plus étouffante, dans des territoires urbains qui écrasent. Une occasion de montrer que la société créée des élans de rage, un dérèglement et un excès soudain de déchaînement chez une population lambda.

Michael Douglas – Chute libre de Joel Schumacher

Ou bien comme l’avait fait en 2017 la série The Punisher, sur un autre propos du syndrome post-traumatiques de vétérans, glorifiés au retour de guerres et abandonnés par le monde. D’une manière pas franchement subtile, mais de nous confronter et nous questionner brutalement sur la violence et le plaisir coupable d’apprécier les images. Le problème c’est qu’Enragé ne sait pas vraiment sur quel pied danser et n’attrape pas les thématiques qu’il met en avant. Jusqu’à prendre la première sortie d’autoroute…

Un moteur qui tourne à vide

Ranger le film dans la case des shots de série B serait mentir. Entre scénario binaire et développement des personnages qui sent bon le cliché et la redite. Il y a en 1, la famille américaine qui doit surmonter ses problèmes quotidiens, entre instance de divorce, problèmes financiers, petit garçon qui rêve de voir plus son père et stress qui s’accumule. Et en 2, le grand méchant qui n’a aucune autre intention que faire du mal et rendre le quotidien infernal. Dont on sait déjà comment le gloubiboulga va se terminer.

Stoppée dans les embouteillages, Rachel va sentir le moment où tout dérape. Un coup de klaxon un peu trop accentué sur le pickup de Russell Crowe perdu dans ses idées, suffit à simplement déclencher les hostilités. La caméra joue sur le conducteur d’abord invisible, puis qui montre toute sa férocité. Après 2 coups d’accélérateur, un volume sonore poussé au maximum sur le ronronnement du 4×4, quelques dérapages de pneus, et des carambolages en bruits de fond, la voiture n’est plus utile. Courses poursuites brèves et peu impressionnantes et le reste se passent sur un autre terrain. Celui d’une hybridation de slasher motorisé qui aurait eu du mal à passer le contrôle technique.

Un gladiator nourrit à la viande sur les murs

Il est toujours sympathique de prendre des nouvelles de Russell Crowe. Sex symbol de fin des 90’s et début des années 2000, et acteur glorieux sous la direction de Ridley Scott, Michael Mann ou Ron Howard. Puis il a quelque peu nagé au milieu de seconds plans, ayant du mal à assumer son rang de star hollywoodienne. Alternant ces dernières années une partition charmante, débridée et burlesque avec le trop sous-estimé The Nice Guys de Shane Black, et insignifiante en Dr Jekyll dans le Dark Universe d’Universal. On se demandait comment on allait le retrouver après avoir incarné le magnat Roger Ailes de Fox News pour la série The Loudest Voice. Et bien il semble aussi reposé qu’après une Thalasso promptement arrêtée.

Il est difficile de voir un comédien de son niveau jouer dans un divertissement comme Enragé, mais il semble tellement vouloir en découdre et tout donner que ça en devient pseudo-amusant. Mais quand il y a un réalisateur aussi peu inspiré que Derrick Borte derrière, incapable de mettre en avant son imposante carrure et son côté brute de décoffrage qui pourrait impressionner. Russell Crowe est filmé en gros plan, proche des narines pour entendre une respiration d’un taureau prêt à embrocher un matador. Sans mise en scène, sans talent.

Contre-plongée presque imposante.

Les motivations du personnage sont expédiées sur la forme d’un mini reportage télé, dont on comprend vaguement ses ennuis. Puis la folie monte, explose avec des mises à mort violentes de seconds rôles dont on ne comprend pas l’utilité. Le chauffard colérique se transforme en fils renié d’un Michael Mayers ou Jason Voorhees. Il tue, casse, beugle, guidé par une violence de tous les instants et un esprit désaxé. Pour terminer comme une simple bête dopée à la viande de coureurs cyclistes. Le t-shirt en sueur, à bout de nerf, et le vide dans le cerveau.

Ce qui aurait pu être une série B vénère qui s’inscrit dans une époque, tentant de capter les maux d’une société à bout et au bord de l’implosion, n’est en fait qu’un triste loupé. Russell Crowe a beau s’investir et jouer les premiers degrés, le manque de talent derrière la caméra se fait sentir. Enragé tire des influences par-ci, par-là, et un moteur qui termine en surchauffe. Aussitôt vu, aussitôt oublié.

Enragé de Derrick Borte

Avec : Russell Crowe, Caren Pistorius, Gabriel Bateman, Jimmi Simpson…

En salle depuis le 19 août

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