Tenet : voyages temporels dans une rupture du cerveau

Attendu au cinéma comme un geste envoyé du ciel pour sauver l’industrie culturelle, Tenet se montre enfin au grand public. Et après avoir patienté suites aux nombreux reports, Christopher Nolan revient en force. Dans son style et son caractère qui ont fait sa renommée, avec tous les curseurs poussés au maximum. Entre complexité excessive et moments purement renversants.

Respirer un peu d’air et embarquer pour l’expérience.

« De toute façon il n’y a que Tenet pour sauver le cinéma post COVID-19 ». Cette phrase vue, revue et entendue maintes fois ces derniers temps est le témoin d’un manque certain pour un public d’un cinéma américain. Nourrit au soft power de blockbusters qui viennent attirer un grand nombre, dans le but de divertir des jeunes ados aux parents, à coup d’action et de bravoure. Parce qu’actuellement, ça ne va pas très bien pour les salles obscures. Et pourtant l’offre cinéma estivale n’a jamais été aussi éclectique, intéressante, et aux influences culturelles diverses. L’occasion de se plonger dans la nouveauté. Malheureusement sans réel engouement… Dans tout ça, il fallait bien un mastodonte pour venir taper du poing sur la table. Remettre tout ça en ordre, relancer la caisse économique, et remplir les sièges vides.

Cela dit, pas sûr que Nolan soit le meilleur Père Castor pour compter une histoire. Tenet, va autant diviser qu’électriser.

Cerveau en surchauffe, veuillez-laisser refroidir

Il suffit de moins d’une heure pour qu’il y est déjà un dérèglement des câbles et quelques neurones grillés. On connaissait déjà Nolan pour épuiser et lessiver le spectateur, lui faire ingurgiter des concepts métaphysiques, ou un montage à l’envers. Il parvient avec Tenet à passer un cran au-dessus. En complexifiant d’une manière excessive un récit d’une part beaucoup trop long et étiré, et qui vient rajouter pléthore d’éléments additionnels dans un bocal déjà bien garnit.

Perdu à la lecture du scénario…

Seul au scénario, et délaissé par son frère Jonathan qui doit déjà se dépatouiller avec Westworld, Christopher Nolan peut s’en donner à cœur joie, sans être contredis, sans être freiné dans ses choix. Dialogues qui expliquent les notions à coup de déclarations scientifiques, techniques et presque toujours emphatiques. Avec quelques vannes glissées au milieu pour tenter d’adoucir le casse-tête et ne pas perdre le spectateur sur la borne d’arrêt d’urgence. On navigue d’un continent à l’autre en ayant l’impression d’avoir fait 3 fois le tour du monde, alors qu’il ne s’agit pourtant que de la première partie du long-métrage. Alors qu’on ne demande pas à un film comme Tenet de jouer la carte de l’intelligence, du bavardage et de l’art et essai. Juste se baser sur sa brillante et originale idée d’inversion temporelle, au service d’un film d’espionnage bourrin qui vient secouer et en mettre plein la vue.

Trituration de la temporalité

Les motifs nolaniens chers au réalisateur sont connus, et le temps peut en être considéré comme la figure de proue. Dans sa filmographie il en est toujours question à un moment donné et ne cesse jamais de revenir. Une course contre la montre pour remonter les événements passés dans Memento. Le temps et la nuit qui ne voit jamais le jour comme source de l’insomnie d’Al Pacino dans Insomnia. La temporalité au travers d’une imbrication de rêves d’Inception. L’allongement du temps et sa différence entre la Terre et les confins de l’espace dans Interstellar. Ou encore des timelines (semaine/jours/heures) qui se superposent pour raconter un même événement dans Dunkerque.

Nolan aborde le principe du temps, et si parfois il manque de subtilité, et y avance à gros sabot, il n’abandonne jamais son thème. Le fait passer par tous les aspects sans lui apporter de réponse. Comme si la notion, infinie soit-elle, ne pouvait trouver de conclusion. Il en joue toujours en se rattachant à des envolées philosophiques, théoriques, aux procédés physiques pas toujours très justes, et à des concepts de science-fiction pure. Dans tous les cas le spectateur peut, même si tout n’est évidemment pas réel, en faire abstraction et laisser marcher sa suspension d’incrédulité.

Avec Tenet, le temps se trouve trituré et même torturé. Encore plus loin, et dans toutes ses largeurs. Futur, présent, passé, passé, présent, futur, l’inversion en est le grand maître. On voyage dans une destruction de l’espace-temps vouée à rebattre les cartes et refonder ce qui nous entoure. Un peu comme pris au piège dans une capsule temporelle qui va passer par différents états, remiser toutes les attentes et les habitudes du spectateur en question. L’espace est étiré, manié comme une pâte à malaxer pour en donner la figure qu’on veut. Et même si le rubik’s cube final ne réussit pas à agencer toutes les faces, et garde en suspend des réflexions, l’ambition démesurée est atteinte en termes d’action.

Vertige et ambition totale

S’il y a bien quelque chose d’indéniablement impressionnant dans Tenet, ce sont ses scènes d’actions. Dès l’ouverture et alors que le gimmick d’inversion n’est pas encore présenté, la partition de Ludwig Göranson vient te clouer au fauteuil avec un rythme quasi psychédélique. Une intrusion d’hommes armés dans un opéra, des coups de fusils et des ukrainiens pas contents. C’est rapide, efficace, bien mit en scène.

Prêt pour un peu d’action ?

Puis Christopher Nolan lâche complètement les chevaux et propose un projet presque expérimental. Comme il ne l’a jamais fait, et avec maestria, il mélange les temporalités lors d’une même scène de combat, de course poursuite ou sur un champ de guerre. Il abandonne toute charge émotionnelle pour être soucieux de donner au public ce qu’il n’a jamais eu, en étant inventif et habile. Laisser de côté toute connaissance que l’on a déjà dans le cinéma d’action, en sortant de la linéarité pour voguer sur un trip sensoriel, singulier, immersif et vertigineux. Avec des acteurs qui se donnent, à défaut d’avoir des personnages travaillés et captivants. Un duo John David Washington et Robert Pattinson prêt à rouler sur Hollywood dans les années à venir. Et un Kenneth Branagh en méchant tout droit sorti d’un stéréotype de vilain russe en pleine guerre froide.

Tenet c’est un Mission Impossible 2.0 sur fond d’espionnage international, et d’holocauste nucléaire. Tenet c’est un pur moment fun, généreux et un gros plaisir de cinéma. Tenet c’est un divertissement bourrin tripatouillé avec de la science-fiction. Voilà ce qu’est Tenet et ce que doit être Tenet.

Bien qu’on puisse trouver quantités de défauts à Tenet et Nolan, il est aujourd’hui le porte étendard d’un cinéma de blockbusters qui n’existe plus. Celui qui a carte blanche, qui créé, qui cherche dans son esprit des idées et propose de la nouveauté. On ne sait pas s’il sera le sauveur du cinéma, mais il débarque encore avec une ambition jamais rassasiée.

Tenet de Christopher Nolan

Avec : John David Washington, Robert Pattison, Elizabeth Debicki, Kenneth Branagh…

En salle depuis le 26 août

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