Antoinette dans les Cévennes : c’est l’amour à la montagne

Il aura fallu 20 ans à Caroline Vignal pour sortir son second long-métrage après Les Autres Filles. Avec Antoinette dans les Cévennes, la réalisatrice embarque Laure Calamy sur le trajet de Robert Louis Stevenson. Un voyage en montagne et sur des chemins de randonnées pour une institutrice partie retrouver son amant en congé avec sa femme et sa fille. Seul petit bémol, aucune trace de Vladimir à son arrivée, mais simplement de Patrick… Un âne fortement têtu qui va l’accompagner dans son périple. Labellisé sélection officielle de Cannes, ce portrait d’une femme qui croit dur comme faire en l’amour est un bol d’air frais, pétillant et jovial.

Sur la route de Stevenson

Hommage assumé au Voyage avec un âne dans les Cévennes, le film de Caroline Vignal marche sur les pas de l’écossais Robert Louis Stevenson. D’ailleurs plusieurs personnages y font référence au cours du film, de même qu’Antoinette qui se plonge à plusieurs reprises dans le roman et y lit même un extrait. Grand auteur attaché aux récits d’aventures et fantastiques avec L’Île au trésor ou encore L’Etrange Cas du docteur Jekyll et de M.Hyde, Stevenson est aussi plus introspectif. Lorsqu’il relate en 1879 sa randonnée au cœur des Cévennes entreprise un an plus tôt sur près de 195km. Partit pour faire le vide et tenter d’oublier une peine d’amour, il va trouver comme unique compagnie une ânesse du nom de Modestine. Au fil des étapes et de débuts plutôt chaotiques, il va finir par se prendre d’affection pour l’animal, et ne plus vouloir le quitter.

142 années plus tard, c’est Antoinette qui emprunte ce qu’on appelle désormais « le chemin de Stevenson ». Non pas partie pour une peine de cœur mais pour rejoindre son amant avec qui elle espérait pourtant passer de belles vacances à Paris. Elle va trouver en Patrick, sa Modestine au masculin. Un âne dans la plus belle règle de l’art. Bourrique quand il le veut, mais fidèle compagnon de voyage et confident des plus sincères. Un terrain de jeu parfait pour une Laure Calamy au naturel et à la joie de vivre contagieuse.

Solaire comme Calamy

Donnez un âne à Calamy et elle vous le transformera en partenaire de choix. Et pourtant passer des vacances avec un bourricot s’apparente plus à un boulet accroché aux pattes qu’un all inclusive en mode farniente au club Med. Si au départ Patrick n’est guère un bonheur pour Antoinette, il permet au fur et à mesure du Trek, de découvrir l’actrice française sous son meilleur jour. Laure Calamy n’a jamais semblé aussi en phase avec un rôle. Révélée avec la série Dix pour cent et un rôle d’assistante naïve aux portes du burlesque, elle ne cesse depuis de monter petit à petit dans le cinéma français. En 2019 dans Seules les bêtes de Dominik Moll, avec un personnage plus dramatique et à contre emploi, elle crevait l’écran. Puis ce n’était sans compter sur Caroline Vignal qui a sans doute fait le meilleur choix possible, en offrant la première tête d’affiche à la comédienne.

Radieusement éclatante.

Et si elle semble aussi bien coller à l’allure d’Antoinette, c’est parce qu’elle a trouvé son archétype. La plus naturelle possible, elle ensoleille l’écran. Avec un sens du comique certain et une énergie qui donne le sourire dès la première seconde. À la fois douce, tendre, triste, drôle, elle passe d’une émotion à l’autre en n’enlevant jamais le rire du spectateur. A l’aise avec son âne comme un cycliste parisien sur un trottoir bondé, elle arrive même à transformer la bête en personnage pour lequel on ressent un attachement. Un duo qui n’inspire aucune moquerie, mais dont on suit simplement les péripéties comme on suivrait avec joie une rencontre improbable prise dans un tourbillon absurde et rocambolesque. De mésaventures en moments de répits, tout n’est pas rose mais un formidable moyen de dresser un portrait féminin des plus sincères.

Rendez-vous en terre inconnue

Antoinette est une femme lambda, du moins à laquelle un grand nombre pourrait s’identifier. Si on enlève son côté fantaisiste qui dénote, elle coche des traits et aspects communs. Névrosée, en proie aux doutes et à un manque de confiance, à une vie amoureuse sinueuse et malchanceuse, elle tente de camoufler ses peurs avec une carapace faussement heureuse. Elle croit un peu au monde merveilleux et au prince charmant (la naïveté et la magie de princesse Disney se fait ressentir lors de deux clins d’œil). Un peu à la manière d’une Phoebe Waller-Bridge dans Fleabag, la personnalité débordante d’Antoinette et sa singularité prennent le dessus et cachent en surface une certaine fragilité et sensibilité.

On ne fait pas d’un âne un cheval de course.

Si avec son titre pas très engageant, Antoinette dans les Cévennes peut faire penser à un dérivé d’un indien dans la ville avec une citadine dans la cambrousse à la rencontre des sauvageons, il en est tout autre. L’intelligence de la cinéaste Caroline Vignal de ramener la comédie à son plus simple appareil et avec une justesse folle. Loin de tout artifices de mise en scène et de trop-en-faire. Laisser le champ libre à sa comédienne, seule face à cette nature qu lui est inconnue et avec un âne qui malgré son absence de parole se transforme en psychologue. Il va être à l’écoute et servir de moyen d’expression d’une femme, qui va se confier sur son parcours amoureux, s’ouvrir comme elle ne l’a jamais fait, se remettre en question et comprendre ce qu’elle veut et cherche dans sa vie. Au cœur de la nature et dans une terre inconnue. On est touché et désarmé.

Tout parait si doux et joli avec Antoinette dans les Cévennes. La comédie française dans ce qu’elle propose de mieux, drôle et inspirée. Une quête existentielle et un récit d’initiation authentiques et pétris de bonnes intentions. Caroline Vignal signe l’une des meilleures surprises de la rentrée. On peut faire rire et réfléchir sur la vie sans être trash, on peut surprendre avec simplicité. Et puis si en plus le spectateur ressort avec le sourire et le visage d’une Laure Calamy dans les pensées, c’est que le pari est hautement réussi.

Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal

Avec : Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte, Marc Fraize…

En salle depuis le 16 septembre

2 commentaires sur « Antoinette dans les Cévennes : c’est l’amour à la montagne »

  1. Jolie chronique de ce film ensoleillé, il est vrai, par la présence de Laure Calamy.
    Je suis moins enthousiaste en fin de parcours mais je dois reconnaître avoir passé un bon moment. Un âne à la montagne, ça vous gagne assurément.
    Peut-être une suite des aventures d’Antoinette en canoë comme l’avait aussi fait Stevenson ?

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